Les données de l'enquête du projet européen WinWin4WorkLife apportent un éclairage inédit sur les politiques de travail à distance mises en place par les entreprises dans cinq pays européens, dont le Luxembourg. Réalisée au Luxembourg entre mars et mai 2025, cette enquête permet de mieux comprendre dans quelle mesure les entreprises offrent à leurs salariés la possibilité de travailler à distance, dans un contexte particulier marqué par les contraintes sociales et fiscales encadrant le télétravail des travailleurs frontaliers. Au total, 10.000 entreprises implantées sur le territoire luxembourgeois ont été sollicitées pour participer à cette enquête, et 2.654 ont accepté d'y participer.

Au premier semestre 2025, près d'une entreprise luxembourgeoise sur deux (46,8%) propose le travail à distance à ses salariés. À l'inverse, 24,7% des entreprises déclarent ne pas pouvoir y recourir en raison de la nature des tâches exercées, tandis que 28,5% font le choix de ne pas le proposer. Les différences sectorielles sont marquées : dans l'Industrie manufacturière, les entreprises sont proportionnellement plus nombreuses à ne pas offrir cette possibilité, que ce soit parce que leurs activités ne s'y prêtent pas (28,1%) ou par choix organisationnel (36,8%). À l'opposé, le travail à distance est largement répandu dans les secteurs de l'Information et de la communication, des Activités financières et d'assurance, ainsi que des Activités spécialisées, scientifiques et techniques, où il est proposé respectivement par 88,6%, 84,1% et 75,6% des entreprises. Les grandes entreprises, employant au moins 250 salariés, offrent également plus souvent cette forme de travail que leurs homologues plus petites : 72,2% l'offrent contre 56,7% des entreprises de 50 à 249 salariés et 45% des entreprises de 5 à 49 salariés.

La majorité des entreprises proposant le travail à distance disposent d'un accord d'entreprise encadrant cette pratique (52%). Ces accords sont nettement plus répandus dans les grandes entreprises, où ils concernent 83,9% des entreprises, ainsi que dans le secteur des Activités financières et d'assurance (79,6%).

Graphique 1 – Offre de travail à distance des entreprises luxembourgeoises

Parmi les différentes formes de travail à distance, le télétravail à domicile s'impose largement : 45,9% de l'ensemble des entreprises offrent à leurs salariés la possibilité de travailler depuis chez eux. À l'inverse, les autres formes restent marginales : seules 6% des entreprises proposent des bureaux satellites et 4% autorisent le travail à distance depuis des lieux publics. La prise en charge des coûts liés au télétravail est limitée. Seule une minorité d'entreprises participe aux dépenses courantes supportées par les salariés : 22% contribuent aux frais de télécommunications (Internet ou téléphone), 7% aux coûts d'électricité et 6% à ceux de chauffage. En revanche, les entreprises sont plus nombreuses à accompagner l'équipement des salariés : près des deux tiers (64%) prennent en charge, au moins en partie, le coût du matériel supplémentaire nécessaire au télétravail, comme les écrans ou les claviers.

Composer avec la réglementation sociale et fiscale

Les entreprises qui emploient des travailleurs frontaliers doivent composer avec la réglementation sociale et fiscale encadrant le télétravail. En matière de sécurité sociale, les règles européennes prévoient qu'un salarié peut rester affilié au régime du pays d'emploi à condition qu'il ne preste pas plus de 25% de son temps de travail en dehors du pays (des assouplissements permettent désormais d'aller jusqu'à 49% sous certaines conditions). Au-delà, le salarié bascule dans le système de sécurité sociale de son pays de résidence. Sur le plan fiscal, des accords bilatéraux fixent également des seuils de tolérance en nombre de jours télétravaillés depuis l'étranger (34 jours) ; en cas de dépassement, l'imposition est transférée pour les jours télétravaillés vers le pays de résidence.

Graphique 2 – Part des entreprises qui offrent un nombre de jours de télétravail différent à leurs salariés selon le pays de résidence

Graphique 3 – Principale limite au travail à distance des travailleurs frontaliers depuis leur pays de résidence

Ces contraintes ne s'appliquant qu'aux travailleurs frontaliers, elles peuvent conduire les entreprises à différencier leur offre de télétravail selon le pays de résidence de leurs salariés. Ce n'est, toutefois, pas le cas pour la majorité d'entre elles. En effet, 60% des entreprises proposant du travail à distance et employant des frontaliers offrent un nombre de jours de télétravail identique à leurs salariés, qu'ils soient résidents ou non. À l'opposé, 40% d'entre elles mettent en place une politique différenciée, en accordant un nombre de jours de télétravail distinct selon que les salariés résident au Luxembourg ou à l'étranger. Cette différenciation est plus fréquente dans les grandes entreprises : 56,9% de celles comptant au moins 250 salariés déclarent appliquer des règles distinctes. Elle est également davantage répandue dans le secteur de l'Information et de la communication ainsi que dans celui des Activités financières et d'assurance.

Le nombre de jours de travail à distance depuis le pays de résidence que les entreprises offrent à leurs travailleurs frontaliers est déterminé pour près des deux tiers des entreprises qui proposent du travail à distance (64,8%) par les seuils fiscaux. D'autres adoptent une approche plus souple en s'alignant sur les règles de sécurité sociale : 25,6% des entreprises se fondent soit sur la limite de 25% du temps de travail (20% des entreprises), soit sur le seuil élargi de 49,9% (5,6%). À la marge, 2,5% des entreprises déclarent dépasser ces différents seuils, tandis que 7% n'autorisent pas leurs travailleurs frontaliers à télétravailler depuis leur pays de résidence.

Laetitia Hauret, Ludivine Martin — LISER

LISER - WinWin 4 WorkLife

 

À propos du projet européen WinWin4WorkLife

Le projet européen WinWin4WorkLife est financé par le programme de recherche et d'innovation Horizon Europe de l'Union européenne. Il est mené par le LISER en collaboration avec quatorze autres centres de recherche européens. Ce projet a pour objectif de favoriser la mise en place d'un travail à distance sain, inclusif et durable en Europe en combinant le point de vue des employeurs et des employés. L'effet du travail à distance varie d'un pays à l'autre, en fonction du tissu économique et social propre à chaque nation. Les cas d'étude du projet WinWin4WorkLife couvrent cinq pays européens (Allemagne, Finlande, Luxembourg, Portugal et Slovaquie) et s'intéressent aux différentes formes de travail à distance. Des formules hybrides bureau-domicile aux nomades numériques, ce projet met en lumière les multiples facettes de l'impact du travail à distance à travers l'Europe, nous guidant ainsi vers un avenir professionnel plus adapté et interconnecté. Pour en savoir plus sur ce projet, vous pouvez consulter le site https://winwin4worklife.eu