Réforme des pensions au Luxembourg : ce qui change vraiment pour vous en 2026
Votée en décembre dernier, la réforme des pensions change plusieurs règles du jeu au Luxembourg : cotisations, durée de carrière, transition vers la retraite, avantages fiscaux pour ceux qui restent actifs plus longtemps.
Cotisations pension en hausse
Depuis le 1er janvier 2026, le taux de cotisation pension est passé de 24 % à 25,5 %. Sur la fiche de salaire, la part déduite du salaire brut est ainsi passée de 8 % à 8,5 % – la part patronale et celle de l'État ayant augmenté de la même manière.
Allongement de la durée de cotisation
Pour bénéficier d'une pension anticipée de la CNAP à 60 ans(1), il faut avoir accumulé un certain nombre de mois dans sa carrière, qu'on appelle le « stage ». Ce ne sont pas uniquement des mois de travail effectif : des périodes comme le chômage ou les études comptent aussi, en partie. Jusqu'ici, ce stage devait atteindre 480 mois (40 ans). Depuis le 1er juillet 2026, ce seuil augmente progressivement, par paliers annuels, jusqu'à atteindre 488 mois en 2030.
| Année de départ envisagée | Mois supplémentaires | Total |
|---|---|---|
| 2026 (à partir de juillet) | + 1 mois | 481 mois |
| 2027 | + 2 mois | 482 mois |
| 2028 | + 4 mois | 484 mois |
| 2029 | + 6 mois | 486 mois |
| 2030 | + 8 mois | 488 mois |
Exemple : Bernard, né le 24.08.1967, atteint ses 480 mois de stage (36 ans de cotisations obligatoires + 4 années d'études) le 24.08.2027, jour de ses 60 ans. Avant la réforme, il aurait pu liquider sa pension anticipée dès le 24.08.2027. Depuis la réforme, et compte tenu du palier applicable en 2027 (+ 2 mois), son départ est repoussé au 24.10.2027.
Années d'études mieux prises en compte
Les années d'études peuvent aussi compter dans le stage (la durée de carrière requise pour un départ anticipé), sous certaines conditions (études non rémunérées, suivies après 18 ans, prouvées par un diplôme, dans la limite de neuf années au total).
Ce que change la réforme : jusqu'ici, seules les études suivies entre 18 et 27 ans étaient prises en compte. Depuis le 1er janvier 2026, cette limite d'âge de 27 ans est supprimée – des études suivies plus tard dans la vie (à 30, 40 ans...) peuvent désormais aussi être validées.
Exemple : un salarié qui a repris 2 années d'études à 35 ans (24 mois), non prises en compte auparavant, peut désormais les faire valider. S'il lui manquait 30 mois pour atteindre son stage, il ne lui en manque plus que 6 après validation de cette période.
Pension progressive(2) : nouveau dispositif
C'est la mesure la plus structurante pour les employeurs. Elle permet à un salarié de réduire progressivement son temps de travail plutôt que de partir du jour au lendemain, tout en percevant une indemnité qui vient compenser la perte de salaire liée à cette réduction.
Conditions pour en bénéficier :
- être éligible à une pension de vieillesse anticipée auprès de la CNAP ;
- avoir travaillé, en moyenne, à 3/4 temps (soit 30 h/semaine pour un temps plein de 40 h) durant les 3 années précédant la demande, chez le même employeur ;
- réduire son temps de travail d'au moins 25 %, sans descendre sous le seuil de 16 h/semaine.
Comment ça se passe, en résumé :
- le salarié demande d'abord, via MyGuichet.lu, un certificat à la CNAP attestant la date d'ouverture de son droit à la pension anticipée, après avoir reconstitué sa carrière ;
- la CNAP joint au certificat une estimation du montant mensuel brut de la pension anticipée théorique ;
- muni de ce certificat, le salarié sollicite(3) la réduction de son temps de travail auprès de son employeur – que celui-ci peut accepter ou refuser dans le délai d'1 mois à dater de la demande. L'employeur doit informer la délégation du personnel de toute demande reçue ;
- en cas d'accord, un avenant au contrat est signé, puis soumis à la CNAP(4), qui valide le dossier au plus tard 1 mois avant que la réduction ne prenne effet.

Photo-Dilok Klaisataporn/Shutterstock
L'indemnité de pension progressive compense la perte de salaire liée à la réduction du temps de travail. Elle est versée par l'employeur avec le salaire, puis remboursée intégralement par la CNAP. Elle est traitée comme du salaire au niveau du Payroll (impôts, cotisations). Le montant correspond à la pension de vieillesse anticipée théorique à laquelle le salarié aurait eu droit, multiplié par le taux de réduction du temps de travail retenu.
L'indemnité de pension progressive
L'indemnité de pension progressive compense la perte de salaire liée à la réduction du temps de travail. Elle est versée par l'employeur avec le salaire, puis remboursée intégralement par la CNAP. Elle est traitée comme du salaire au niveau du Payroll (impôts, cotisations).
Le montant correspond à la pension de vieillesse anticipée théorique à laquelle le salarié aurait eu droit, multiplié par le taux de réduction du temps de travail retenu.
Exemple :
- Un salarié à temps plein (40 h/semaine, salaire brut 4.000 EUR/mois) remplit les conditions d'une pension anticipée qui s'élèverait à 2.400 EUR/mois s'il la demandait dès maintenant.
- Il opte plutôt pour une réduction de son temps de travail de 25 % (passage à 30 h/semaine).
- Salaire pour les 30 h travaillées : 3.000 EUR/mois, versés par l'employeur.
- Indemnité de pension progressive : 25 % de sa pension théorique de 2.400 EUR, soit 600 EUR/mois, versée par l'employeur avec le salaire.
- Revenu mensuel total perçu par le salarié : 3.600 EUR/mois.
- L'employeur avance les 600 EUR d'indemnité (plus la part patronale des charges sociales correspondantes) et se fait rembourser intégralement chaque mois par la CNAP.
L'intérêt pour l'employeur : ce dispositif permet de garder un collaborateur expérimenté plus longtemps, à moindre coût (l'indemnité étant intégralement remboursée par la CNAP), plutôt que de subir un départ brusque et la perte immédiate de son savoir-faire. C'est aussi l'occasion d'organiser une transmission progressive des compétences avant le départ définitif du salarié.
L'intérêt pour le salarié : en repoussant la liquidation de sa pension anticipée, il continue à percevoir un revenu proche de son salaire habituel (salaire réduit + indemnité de pension progressive), tout en continuant à accumuler des droits qui augmenteront le montant de sa pension future.
L'abattement fiscal de maintien dans la vie professionnelle (AMVP) : ce que ça signifie concrètement
Depuis le 1er janvier 2026, un salarié ou un indépendant qui remplit les conditions pour demander sa pension anticipée (à 57 ou 60 ans) peut choisir d'attendre et de continuer à travailler – à temps plein ou partiel – jusqu'à 65 ans. En échange, l'État lui accorde un abattement fiscal de 9.000 EUR par an (750 EUR par mois) porté en déduction de son revenu imposable.
L'AMVP a été instauré pour inciter les salariés à rester actifs jusqu'à l'âge légal de la retraite (65 ans).
Cette mesure s'adresse à toute personne – salariée ou indépendante – qui pourrait toucher sa pension anticipée mais préfère continuer à travailler sans la demander.
Contrairement à la pension progressive, l'AMVP ne nécessite aucune réduction du temps de travail.
Pour en bénéficier, il convient de procéder en deux étapes :
- demander, via MyGuichet.lu, un certificat AMVP à la CNAP attestant son éligibilité à une pension de vieillesse anticipée, après avoir reconstitué sa carrière ;
- sur base de ce certificat, demander l'abattement via sa déclaration fiscale annuelle. Il est possible de demander l'inscription de cet abattement sur sa carte d'impôt via le formulaire 164, afin de bénéficier de la réduction d'impôt mensuellement, plutôt que d'attendre le traitement de sa déclaration fiscale.
Depuis le 1er janvier 2026, un salarié ou un indépendant qui remplit les conditions pour demander sa pension anticipée (à 57 ou 60 ans) peut choisir d'attendre et de continuer à travailler – à temps plein ou partiel – jusqu'à 65 ans. En échange, l'État lui accorde un abattement fiscal de 9.000 EUR par an (750 EUR par mois) porté en déduction de son revenu imposable. Il est possible de demander l'inscription de cet abattement sur sa carte d'impôt via le formulaire 164, afin de bénéficier de la réduction d'impôt mensuellement, plutôt que d'attendre le traitement de sa déclaration fiscale.
Est-ce que les bénéficiaires de la pension progressive peuvent bénéficier de l'AMVP ?
À la lecture stricte des textes, la réponse était loin d'être évidente : la loi assimile en effet la pension progressive à une retraite anticipée, ce qui risquait d'exclure ces bénéficiaires de l'AMVP – alors même qu'ils restent en activité, à temps partiel, et continuent de cotiser. Une conséquence qui n'était pas voulue par le législateur.
Pour lever cette ambiguïté, le ministre des Finances, Gilles Roth, a déposé le 19 juin dernier le projet de loi 8773, actuellement examiné à la Chambre des députés. Le texte précise que percevoir une pension ou une retraite progressive ne prive pas du droit à l'AMVP.
La déduction fiscale pour un contrat de prévoyance-vieillesse (3e pilier)
Un contrat de prévoyance-vieillesse, aussi appelé « 3e pilier », est une épargne-retraite privée que chacun peut souscrire volontairement pour compléter sa pension légale. Pour encourager cette épargne, l'État accorde une déduction fiscale sur les sommes versées dans ce type de contrat : son plafond est passé de 3.200 EUR à 4.500 EUR par an à partir de 2026.
Exemple : un contribuable imposé à un taux marginal de 35 % verse 4.500 EUR sur l'année dans un contrat de prévoyance-vieillesse répondant aux conditions légales (souscrit avant 65 ans, durée prévue de 10 ans, échéance fixée à 62 ans). Il peut déduire l'intégralité de ce montant de son revenu imposable, réalisant une économie d'impôt d'environ 1.575 EUR (4.500 EUR × 35 %).
Indépendants/règle anti-cumul : une inégalité corrigée
Un salarié ou un indépendant qui touche déjà sa pension anticipée peut continuer à travailler, mais dans une certaine limite de revenu – au-delà, sa pension est réduite. Jusqu'ici, cette limite différait selon le statut : pour un salarié, elle correspond à la moyenne de ses 5 revenus annuels les plus élevés ; pour un indépendant, elle était fixée à 1/3 du salaire social minimum (soit environ 900 EUR/mois) – un seuil plus bas, et dont le dépassement entraînait la suppression totale de la pension, et non une simple réduction.
La Cour constitutionnelle a jugé cette différence injuste dans un arrêt du 1er mars 2024. Depuis lors, les indépendants bénéficient du même seuil que les salariés (la moyenne de leurs 5 revenus annuels les plus élevés), avec le même mécanisme de réduction proportionnelle en cas de dépassement – au lieu d'une suppression totale de la pension.

Janique Bultot
Partner
Baker Tilly Luxembourg
(1) Ne sont pas concernés : les salariés en préretraite (pour cause de restructuration, ou pour travail posté/de nuit) ainsi que ceux qui partent en pension anticipée dès 57 ans – cette dernière reste basée sur les 480 mois de stage habituels, sans changement.
(2) À ne pas confondre avec le dispositif de la préretraite progressive prévu par la convention collective, qui relève du ministère du Travail et non de la CNAP. Il vise à créer de l'emploi (le poste libéré doit être repris par un demandeur d'emploi), est limité à 3 ans, et impose une réduction de temps de travail comprise entre 40 % et 60 %.
(3) Minimum 4 mois avant le début souhaité de la réduction du temps de travail.
(4) Au plus tard 2 mois avant la prise d'effet de la réduction du temps de travail.
