Les salariés frontaliers prennent des rides
Les salariés frontaliers ont pris plus de rides que les salariés résidents : leur âge moyen a plus fortement cru entre 2009 et 2025, en particulier dans la finance et la construction. C'est aussi dans ces deux secteurs que l'ensemble des salariés, comprenant les résidents et les frontaliers, a le plus vieilli en moyenne.

Au Luxembourg, le sujet du vieillissement des salariés a été au cœur des discussions récentes sur les retraites. Pourtant, le Grand-Duché, et en particulier son marché du travail, ont relativement moins subi le vieillissement que certains de ses pays voisins, et cela grâce à une immigration massive.
Les salariés frontaliers ont vieilli plus vite que les résidents
L'âge moyen des salariés au Luxembourg, frontaliers inclus, a grimpé de 38,7 ans en 2009 à 41 ans en 2025 (+ 2,3 ans). Cette progression n'est certes pas excessive à l'échelle européenne, le pays étant l'un de ceux où l'âge moyen des personnes résidentes et en emploi est des plus faibles. Elle indique tout de même que le Luxembourg subit un lent vieillissement de sa population salariée.
Les évolutions sont contrastées selon les classes d'âge au sein des salariés. Le nombre de salariés seniors (âgés de 55 à 64 ans) a triplé entre 2009 et 2025, passant de 22.480 à 66.320, tandis que les moins de 30 ans ne sont « que » 18 % plus nombreux, passant de 71.550 à 84.580. Les frontaliers représentent la moitié des « nouveaux » salariés seniors.
En 2009, les salariés résidents étaient plus âgés que les frontaliers, ce qui n'est plus le cas en 2025. En 16 ans, l'âge moyen des frontaliers a augmenté de +3,1 ans, à 41,1 ans, contre +1,6 an seulement pour les résidents (40,8 ans). Parmi les frontaliers, ceux qui ont subi la plus forte hausse de leur âge moyen – et qui représentent aussi l'effectif le plus âgé – sont les frontaliers résidant en Allemagne (+4 ans), suivis des frontaliers de Belgique (+3,2 ans) et des frontaliers de France (+2,7 ans).

Les salariés frontaliers ont pris plus de rides que les salariés résidents : leur âge moyen a plus fortement cru entre 2009 et 2025, en particulier dans la finance et la construction. C'est aussi dans ces deux secteurs que l'ensemble des salariés, comprenant les résidents et les frontaliers, a le plus vieilli en moyenne. En 2025, l'emploi salarié au Luxembourg dépend à 46 % des salariés frontaliers, mais de moins en moins de jeunes frontaliers rentrent sur son marché du travail.

L’écart d’âge moyen observé entre les résidents et les non-résidents pourrait en partie s’expliquer par la différence de l’âge moyen de départ à la retraite entre les deux groupes. En effet, entre 2011 et 2023, les résidents partent en retraite à 60,6 ans en moyenne, tandis que les non-résidents partent à 61,8 ans, soit 1,2 an plus tard.
Par ailleurs, seul un tiers des résidents choisissent de poursuivre leur activité professionnelle après avoir atteint les conditions requises pour bénéficier d’une pension anticipée. À l’inverse, six non-résidents sur dix retardent leur départ à la retraite jusqu’à avoir complété une carrière d’assurance complète (Gérard Johanns dans Les départs en retraite 2011-2023, Cahier statistique numéro 20, IGSS, 2024).
Le poids des ans dans la finance et la construction
Sur les 16 dernières années, tous les secteurs ont vieilli, à l’exception de l’administration publique où l’âge moyen de ses salariés est resté stable. Deux secteurs clés – la finance et la construction – ont fortement contribué au vieillissement global des salariés : l’âge moyen y a grimpé de près de 4 ans, alors que l’ensemble de l’emploi salarié n’a que peu augmenté. À l’opposé, les activités spécialisées, scientifiques et techniques, la santé et l’action sociale, ou l’enseignement demeurent plus jeunes et ont enregistré de fortes hausses d’effectifs.
Les salariés frontaliers occupent une place importante dans plusieurs secteurs ayant beaucoup vieilli : 61 % des salariés de la construction, 46 % des activités financières et d’assurance, ou 71 % de l’industrie manufacturière. Leur proportion ainsi que l’augmentation de leur âge moyen restent élevées même dans des branches ayant moins vieilli, soulignant leur rôle clé dans l’évolution démographique de l’emploi salarié.
Le secteur des activités financières et d’assurance détient un double record : la plus forte augmentation de l’âge moyen des salariés frontaliers (+ 5,9 ans) et de l’ensemble des salariés (+ 3,8 ans).
Dans la construction, les âges augmentent également nettement, mais pas plus que la moyenne pour les frontaliers (+ 3,1 ans contre + 3,6 ans pour l’ensemble de l’effectif salarié du secteur). L’industrie manufacturière et les activités des services administratifs et de soutien, également concernées par un vieillissement marqué, comptent aussi une forte proportion de frontaliers, respectivement 71 % et 57,5 %.
De plus, même dans des branches ayant moins vieilli, la proportion de salariés frontaliers et l’augmentation de leur âge moyen restent élevées, soulignant leur rôle majeur dans l’évolution démographique de l’emploi salarié.
Le vieillissement des salariés frontaliers peut avoir plusieurs causes :
- ils restent longtemps en emploi au Luxembourg, il peut y avoir des flux entre les deux groupes (des résidents qui deviennent frontaliers, et vice versa) ;
- un problème d’attractivité de l’économie luxembourgeoise pour les jeunes actifs des régions limitrophes ;
- ou, au contraire, une attractivité plus grande du marché du travail luxembourgeois pour des actifs moins jeunes de la Grande Région.
Il reflète également le vieillissement démographique de la région transfrontalière. Sachant que l’emploi salarié au Luxembourg dépend à 46 %, en 2025, des salariés frontaliers, si de moins en moins de jeunes frontaliers rentrent sur le marché du travail au Luxembourg, comment la main-d’oeuvre salariée va-t-elle se renouveler à l’avenir (proche) ?

