Attraction et rétention des talents au Luxembourg
Dans un contexte de concurrence accrue entre les économies, attirer et retenir les talents est devenu un enjeu stratégique majeur pour le Luxembourg, dont l'économie repose largement sur l'apport de travailleurs venus de l'étranger. Initié par le ministère de l'Économie, le projet LuxTalent vise à mieux comprendre les dynamiques récentes dans l'attraction et la rétention de la main-d'œuvre étrangère. Cet article résume les principaux résultats de la première étude du projet, consacrée aux nouveaux entrants, c'est-à-dire aux personnes qui intègrent pour la première fois le marché du travail luxembourgeois.
En 2024, 9 nouveaux entrants sur 10 sur le marché du travail luxembourgeois sont nés hors du Luxembourg. Parmi ces nouveaux entrants d'origine étrangère, 37,8% sont des frontaliers venant de France, 31,2% des immigrés, 10,3% des frontaliers venant d'Allemagne, 9,7% des frontaliers venant de Belgique et 11% des nouveaux entrants dont le pays de résidence n'est pas détaillé.
Une dépendance croissante à la main-d'œuvre étrangère
Au cours des vingt dernières années, le nombre de nouveaux entrants d'origine étrangère sur le marché du travail luxembourgeois a augmenté en moyenne de 2% par an. Le nombre d'immigrés a crû plus fortement que celui des frontaliers (+3,4% en moyenne par an contre 1%). Derrière l'évolution globale du nombre de frontaliers se cachent, toutefois, des disparités selon le pays de provenance. Ainsi, si le nombre de nouveaux frontaliers venant de France a crû de 1,9% en moyenne par an, le nombre de nouveaux frontaliers venant d'Allemagne et de Belgique a enregistré une baisse, respectivement de -0,2% et de -0,4% (Graphique 1).

Note de lecture : Nombre annuel de nouveaux entrants, âgés d'au moins 20 ans, selon leur pays de résidence. Immigré = résident au Luxembourg.
Une diversification dans la composition des travailleurs en termes d'origine
Quel que soit le pays de provenance des nouveaux frontaliers, la part de ceux nés hors de leur pays de résidence n'a cessé d'augmenter au fil du temps. En 2002, sur 100 nouveaux entrants frontaliers, seuls 16 étaient nés dans un autre pays que celui de leur résidence. En 2024, ils sont 43 dans cette situation. Parmi les frontaliers belges, les nouveaux entrants nés hors de leur pays de résidence représentent 61,9% des nouveaux entrants en 2024. Cette part est respectivement de 42,1% en Allemagne et 37,9% en France.
Cette diversification des pays d'origine s'observe également parmi les travailleurs immigrés nouvellement arrivés au Luxembourg. En 2024, parmi les nouveaux entrants immigrés, les ressortissants hors UE sont proportionnellement les plus nombreux (38,3%), suivis par les Portugais (17%) et les Italiens (12,3%). Entre 2002 et 2024, les ressortissants non-UE ont connu la plus forte progression parmi les immigrés (+9,8% de croissance en moyenne par an). En revanche, le nombre de Portugais a diminué sur la période parmi les immigrés (-1,1% en moyenne par an), mais a connu la progression la plus marquée chez les non-résidents (+10,6% en moyenne par an). Les nouveaux entrants portugais délaissent donc le Luxembourg au profit des pays frontaliers.

Note de lecture : Part des travailleurs frontaliers nés en dehors de leur pays de résidence (France, Belgique et Allemagne) en 2002 et en 2024.
Une main-d'œuvre étrangère plus présente dans les secteurs les plus qualifiés
Les nouveaux entrants, qu'ils soient immigrés ou non-résidents (frontaliers ou personnes vivant hors de la Grande Région) occupent de moins en moins souvent des emplois manuels. C'est parmi les nouveaux entrants immigrés que la baisse est la plus prononcée. Si sur la période 2002-2005, 66% des nouveaux entrants immigrés étaient des travailleurs manuels, cette part est désormais de 29% ; chez les non-résidents ces parts sont respectivement de 61% et de 45%.
Cette évolution est à mettre en perspective avec le secteur d'activité dans lequel s'insèrent les nouveaux entrants. En effet, les entrées des immigrés se concentrent de plus en plus dans des secteurs à forte intensité de compétences. Si en 2010, la Construction représentait le principal secteur d'entrée pour les immigrés (17,1%), ce secteur ne comptabilise plus que 5,4% des entrées en 2024 (Graphique 3). Les principaux secteurs d'entrée pour les immigrés sont désormais les secteurs des Activités spécialisées, scientifiques et techniques (26,1%), suivis par les Activités financières et d'assurance (14,2%) et l'Hébergement et la restauration (11,6%). Ces trois secteurs concentrent à eux seuls plus de la moitié des entrées en 2024.
Chez les non-résidents, la distribution du secteur d'entrée est moins concentrée et la distribution sectorielle a moins évolué au cours de la dernière décennie. En 2024, les entrées s'observent principalement dans la Construction (13% contre 11,7% en 2010), les Transports et l'entreposage (12,8% contre 15,3% en 2010), le Commerce, réparation d'automobiles et de motocycles (11% contre 12,8%) et les Activités spécialisées, scientifiques et techniques (11% contre 8,8% en 2010) (Graphique 4).

Note de lecture : Distribution du secteur d'activité respectivement des nouveaux entrants, âgés d'au moins 20 ans, immigrés (G3) et non-résidents au moment de leur insertion (G4) en 2010 et en 2024.
Les secteurs sont regroupés comme suit :
A-E : Secteur primaire et secondaire ;
F : Construction ;
G : Commerce, réparation d'automobiles et de motocycles ;
H : Transports et entreposage ;
I : Hébergement et restauration ;
J : Information et communication ;
K : Activités financières et d'assurance ;
L : Activités immobilières ;
M : Activités spécialisées, scientifiques et techniques ;
N : Activités de services administratifs et de soutien ;
O-P : Administration publique et défense, sécurité sociale obligatoire & Enseignement ;
Q : Santé humaine et action sociale ;
Autres : Arts, spectacles et activités récréatives ;
Autres activités de services ;
Activités des ménages en tant qu'employeurs ;
Activités extra-territoriales.
Un maintien dans l'emploi qui diffère selon le secteur d'insertion
Le maintien dans l'emploi au Luxembourg des nouveaux arrivants étrangers varie selon leur secteur d'entrée. Les nouveaux entrants étrangers qui se sont insérés dans le secteur de la Santé humaine et de l'action sociale se maintiennent plus souvent en emploi. En 2025, 57,6% des immigrés et 61,6% des non-résidents entrés via ce secteur occupent toujours un emploi au Luxembourg. Chez les immigrés, ce secteur est suivi des secteurs des Activités de services administratifs et de soutien et des Activités spécialisées, scientifiques et techniques où près de 56% des nouveaux entrants sont toujours en emploi en 2025. Chez les non-résidents, ce sont les secteurs de l'Administration publique – Enseignement (49,5% toujours en emploi en 2025) et de l'Information et la communication (44,7%) qui sont en 2e et 3e positions du classement.
Une forte mobilité des travailleurs étrangers
Comme dans la plupart des pays développés, la main-d'œuvre étrangère au Luxembourg est mobile. Environ 30% des nouveaux entrants quittent le Luxembourg dans l'année qui suit leur arrivée et 50% quittent le pays endéans les 5 ans. Il existe donc une certaine rotation parmi les personnes qui commencent à travailler au Luxembourg. Quelle que soit l'année d'arrivée, la proportion de personnes qui sont encore en emploi au Luxembourg en 2025 est plus élevée parmi les immigrés que parmi les travailleurs frontaliers.
De façon générale, les départs, quand ils ont lieu, s'effectuent le plus souvent après un séjour relativement court et la proportion de personnes quittant le pays diminue avec la durée de séjour réalisée. Ainsi, parmi les nouveaux entrants de l'année 2013, 25% ont quitté le Luxembourg dans l'année qui a suivi leur entrée, 14% sont partis entre 1 an et 3 ans, 7% entre 3 ans et 5 ans, 10% entre 5 ans et 10 ans et 4% plus de 10 années après.
Joël Machado et Laetitia Hauret
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