La formation continue pensée pour soutenir les entreprises et l'économie réelle
Entre accélération technologique, mutation des métiers et pénurie de compétences, la formation professionnelle continue n'est plus un « plus », mais une nécessité stratégique. Acteur public unique au Luxembourg, le Centre national pour la formation professionnelle continue (CNFPC) joue un rôle central – et souvent méconnu – dans cet écosystème. Vincent Hieff, chargé de direction, revient sur les enjeux actuels, mais aussi sur la manière dont le Centre répond aux besoins des entreprises luxembourgeoises en matière de formation.

Au regard de l'évolution des besoins en compétences, quel rôle la formation professionnelle continue est-elle appelée à jouer ?
Pendant longtemps, on apprenait un métier pour la vie. Aujourd'hui, la durée de validité des compétences s'est considérablement raccourcie. La digitalisation, l'automatisation, l'intelligence artificielle ou encore la cybersécurité transforment les métiers à un rythme inédit. La transition durable exige elle aussi le développement de nouvelles compétences. La formation professionnelle continue est devenue le principal levier pour rester à jour, aussi bien pour les salariés que pour les entreprises. Elle permet d'accompagner la transformation des métiers plutôt que de la subir.
Ces mutations concernent-elles l'ensemble de l'économie ?
Oui, tous les secteurs sont touchés par ces transformations. Bien sûr, les domaines du digital, de la donnée, de l'intelligence artificielle ou de la cybersécurité sont particulièrement concernés, et la demande pour ces nouvelles compétences y est très forte. Mais on observe aussi des évolutions majeures dans l'industrie, la logistique, la grande distribution, la restauration, l'énergie ou encore les métiers techniques. C'est ce que nous constatons chaque jour, à travers les demandes que nous adressent les entreprises luxembourgeoises. Pour y répondre, nous développons une offre très large, couvrant à la fois des compétences techniques pointues et des soft skills.
Au sein de l'offre de formation présente au Luxembourg, quel est précisément le rôle du CNFPC ?
Le CNFPC est un acteur public placé sous la tutelle du ministère de l'Éducation nationale. Notre mission est avant tout de soutenir l'économie nationale et le marché du travail, de manière neutre et pragmatique.
La formation professionnelle continue est l'une des clés du développement du Luxembourg. Notre rôle est d'accompagner cette dynamique en soutenant à la fois les entreprises, les salariés, les demandeurs d'emploi et les institutions publiques. Nous misons sur les compétences déjà présentes dans le pays, en les faisant évoluer. C'est un investissement stratégique pour aujourd'hui, mais surtout pour demain.
Dans ce contexte, nous sommes un partenaire de référence de l'ADEM pour les programmes de reskilling et d'upskilling des demandeurs d'emploi.
Qui peut faire appel à vous ?
Nous intervenons principalement via deux grands canaux. D'un côté, nous accompagnons les entreprises, de la PME aux grands groupes, en proposant des formations adaptées à leurs besoins réels, souvent sur mesure.
De l'autre, nous développons, en collaboration avec l'ADEM, des programmes destinés aux demandeurs d'emploi, avec un objectif clair : favoriser leur réintégration rapide et durable sur le marché du travail.
Comment accompagnez-vous les entreprises de l'économie ?
L'une de nos grandes spécificités réside dans notre capacité à offrir des formations sur mesure. Une grande partie de nos formations ne figurent pas dans un catalogue standard. Les entreprises viennent à nous avec des besoins précis, liés à leur activité, à leurs équipements ou à leurs perspectives de développement. Nous construisons alors des parcours adaptés, parfois sur plusieurs mois, en étroite collaboration avec elles. Cela nous permet, par exemple, de faire évoluer des profils internes vers de nouveaux métiers ou de répondre à des pénuries de compétences très ciblées.
Avez-vous des exemples concrets ?
Oui, de nombreux. Nous travaillons notamment avec des entreprises industrielles, des acteurs de la grande distribution, de la restauration ou encore du transport.
Dans le cadre de notre partenariat avec l’ADEM, des programmes spécifiques peuvent être développés en collaboration avec des entreprises qui s’engagent à recruter les demandeurs d’emploi formés à l’issue du parcours. C’est un modèle gagnant- gagnant : l’entreprise sécurise ses compétences futures et les apprenants bénéficient de perspectives concrètes d’emploi.
Et pour une petite structure, une PME de quelques personnes, le CNFPC est-il pertinent ?
Absolument. Nous accompagnons aussi les petites entreprises, notamment sur les formations liées aux obligations légales : sécurité, travail en hauteur, conduite d’engins, certifications spécifiques, etc. Lorsque le sur-mesure n’est pas pertinent, nous proposons des formations mutualisées, réunissant des participants de différentes entreprises. Cela permet aux PME d’accéder à des formations de qualité, sans devoir en supporter seules les coûts.
Comment vous situez-vous par rapport aux autres acteurs de la formation au Luxembourg ?
Notre rôle n’est pas de concurrencer le marché privé. Au contraire, nous travaillons en complémentarité avec les chambres professionnelles, la House of Training ou d’autres organismes. Nous intervenons principalement là où le marché de la formation ne peut pas répondre, ou difficilement, à certains besoins. C’est notamment le cas lorsque les investissements sont trop lourds, les volumes trop faibles ou les besoins trop spécifiques.
À quels besoins spécifiques répondez-vous ?
En tant qu’institution publique, nous pouvons investir dans des équipements pédagogiques lourds, avec une logique de long terme. Nous disposons d’infrastructures uniques au Luxembourg : centres industriels, équipements de soudage certifiés, installations de production, Learning Factory, centres dédiés à l’impression 3D, à l’électromobilité ou encore aux drones. Ces équipements permettent de proposer des formations très proches de la réalité du terrain, avec une forte dimension pratique. Au sein de notre Learning Factory, par exemple, les apprenants travaillent sur une véritable chaîne de production de thé glacé, abordant toutes les étapes.
Cette capacité à répondre à des besoins très concrets repose aussi sur des moyens humains et techniques importants. En la matière, que représente aujourd’hui le CNFPC ?
Le CNFPC est un acteur de confiance de la formation depuis plus de 40 ans. Nous sommes actifs sur l’ensemble du territoire, au départ de six sites organisés autour de deux centres, à Esch-sur-Alzette et à Ettelbruck. Notre équipe compte 250 personnes, dont 180 formateurs et formatrices, spécialisés dans les réalités du terrain et disposant de nombreuses années d’expérience dans leurs domaines professionnels.
Vous ouvrez aussi de nouveaux domaines de formation…
Oui, nous anticipons aussi les besoins futurs, dans l’industrie, les métiers du numérique, autour de la donnée, de l’intelligence artificielle, de la transition durable. Nous avons ainsi été les premiers à proposer au Luxembourg des formations certifiantes en électromobilité, évitant aux professionnels de devoir se former à l’étranger. Nous développons également des formations dans des domaines émergents comme l’impression 3D ou les systèmes de drones, qui répondent à des enjeux industriels, technologiques et de souveraineté.
Vos formations sont-elles reconnues ?
Oui. Selon les domaines, nos formations sont certifiées par différentes instances : l’Association d’assurance accident pour la sécurité, des organismes de référence internationaux pour le soudage, ou encore le ministère de l’Éducation nationale. Ces reconnaissances traduisent notre exigence de qualité, au service des entreprises, des apprenants et, plus largement, de la compétitivité du Luxembourg.
