Depuis 18 ans, Alexandra Oxacelay dirige l’association Stëmm vun der Strooss. Elle nous raconte son parcours, les activités de l’association et ce qui la motive au quotidien. Rencontre.

Alexandra Oxacelay, chargée de direction, Stëmm vun der Strooss.
Alexandra Oxacelay, chargée de direction, Stëmm vun der Strooss.

Pouvez-vous nous dire comment vous êtes arrivée à la tête de l’association ?

Après ma licence en Journalisme et Communication à l’ULB, en 1996, j’ai exercé différentes activités en free-lance dans la presse écrite, à la radio… au Luxembourg. En 1998, j’ai répondu à une annonce de l’association Stëmm vun der Strooss qui cherchait un/une journaliste pour prendre en charge le journal de l’association. J’ai été embauchée et, six mois après mon arrivée, le chargé de direction a quitté ses fonctions. J’ai donc pris les rênes, seule. Aujourd’hui, je dirige une équipe de 41 personnes réparties sur plusieurs sites : Luxembourg (lieu de rencontre ouvert au grand public et Stëmm Caddy/atelier de réinsertion professionnelle), Esch/Alzette (lieu de rencontre ouvert au grand public, Immo Stëmm/service logement et Schweesdrëps/atelier de réinsertion professionnelle), Schoenfels (centre de post-thérapie). Grâce à ces personnes qui sont des pédagogues, assistants sociaux, cuisiniers, comptables, jardiniers…, nous faisons travailler 160 personnes bénéficiant des mesures pour l’emploi, encadrées par des travailleurs sociaux. Ainsi, à Schoenfels, les personnes se réinsèrent par le jardinage, à Esch/Alzette, elles s’occupent de l’entretien de 4.000 tenues de football/ semaine, etc.

L’association s’occupe des personnes défavorisées. Comment ?

Fondée en 1996, la Stëmm vun der Strooss oeuvre en faveur de l´intégration sociale et professionnelle des personnes défavorisées, c’est-à-dire des sans-abri, des chômeurs, des bénéficiaires du revenu minimum garanti, des ex-détenus, des demandeurs d’asile, des émigrés, des personnes atteintes de troubles psychiques et/ou dépendantes de la drogue, de l’alcool et des médicaments… L’asbl est subventionnée par le ministère de la Santé et travaille en étroite collaboration avec la Croix-Rouge luxembourgeoise. Nous offrons des services gratuits ou quasiment gratuits aux plus défavorisés : des repas via nos restaurants sociaux de Luxembourg et d’Esch qui accueillent respectivement quelque 200 et 90 personnes chaque jour. Le prix du repas s’élève à 0,50 EUR et celui des boissons à 0,25 EUR. Les repas sont préparés par des personnes bénéficiant d’une mesure de réinsertion professionnelle. Depuis 2009, notre partenariat avec Auchan Luxembourg nous permet de récupérer 150 tonnes de denrées alimentaires par an. Nos chauffeurs de Stëmm Caddy s’y rendent chaque jour afin d’y récupérer les produits spécialement triés pour l’association. Le jour même, ces aliments sont transformés en sandwiches, soupe et jus de fruits frais, et 300 packs alimentaires contenant des produits secs, des produits laitiers et un fruit sont aussi confectionnés. Les personnes défavorisées peuvent également bénéficier de douches, de machines à laver, de vêtements, de consultations médicales, d’entretiens avec des assistants sociaux… et bien entendu peuvent venir se réchauffer et trouver du réconfort tous les jours dans nos centres ouverts au grand public. Via notre département ImmoStëmm, nous disposons de 26 logements encadrés. Nous négocions avec les propriétaires et les communes afin d’obtenir des loyers abordables. L’asbl est officiellement locataire des biens et les sous-loue ensuite. 

Au fil des jours et des mois, les personnes sont-elles toujours les mêmes ?

Il faut savoir que nous avons 50 % de nouveaux venus chaque année. Tous les jours, il y a de nouveaux visages. Il y a aussi des personnes que l’on ne voit plus pendant des mois, puis qui réapparaissent, d’autres que l’on ne revoit plus jamais. Dans cet univers défavorisé, beaucoup se déplacent, font des séjours à l’hôpital, en prison, ou meurent. Nous remarquons qu’il y a de plus en plus de jeunes. Le portrait robot des personnes que nous recevons pourrait correspondre à celui-ci : homme (80 %), seul, 36 ans, issu de 84 nationalités. Les gens changent aussi en fonction des crises européennes. Nous avons en ce moment beaucoup de Syriens ; il y a peu, nous avions des Roumains, Somaliens… Et, suite aux nouvelles mesures prises dans le quartier de la Gare, nous recevons beaucoup de prostituées.

Comment les entreprises peuvent-elles vous aider ?

Les entreprises nous soutiennent de différentes manières, mais la plus importante pour nous, celle qui nous permet de faire face à l’urgence (payer des salaires, des frais médicaux, des loyers ou de réaliser des projets) sont les dons. En plus de la subvention du ministère de la Santé, je dois chaque année trouver un minimum de 300.000 EUR. Pour donner une idée de grandeur, la fête de Noël que nous organisons chaque année en faveur des personnes défavorisées représente un coût de 15.000 EUR. Nous recevons également des demandes de salariés ou d’étudiants qui se proposent pour faire du bénévolat, mais, comme nous travaillons dans l’urgence au quotidien, il est plus intéressant pour nous de disposer d’une somme d’argent car celle-ci nous permet de trouver des solutions très rapidement. Des restaurants, coiffeurs, avocats… nous offrent gratuitement leurs services et de nombreuses entreprises se mobilisent pour organiser des événements et collecter de l’argent à notre attention. Comme vous le voyez, nous sommes bien entourés et soutenus, mais le nerf de la guerre reste malgré tout l’argent, pour mettre en place de nouveaux projets. Voici un autre exemple où les dons sont plus utiles que le bénévolat : notre restaurant social commençant à devenir un peu juste, je suis actuellement en pourparlers pour louer un local plus spacieux dans le quartier de la Gare. Si la réponse est positive, cela signifie qu’il faudra financer des rénovations, payer le salaire des personnes qui vont s’occuper de l’encadrement…

Qu’est-ce qui vous motive au quotidien ?

Lorsque j’ai entrepris des études de journalisme, c’était aussi pour changer un peu le monde et mettre le doigt sur des inégalités. La cause de l’association fait que j’ai envie de m’engager au quotidien pour les personnes que nous accueillons. De plus, dans un pays riche comme le Luxembourg, on ne peut pas fermer les yeux sur la misère. Elle existe. Mon travail a donc du sens, car chaque petite chose que je peux mettre en place pour améliorer le quotidien ou la condition de quelqu’un en situation de pauvreté ou de détresse n’est jamais vain. Dans l’univers dans lequel je travaille, l’accueil, le réconfort, les solutions à trouver dans la minute… ont toujours un sens. 

A votre avis, que manque-t-il aujourd’hui au Luxembourg pour les personnes défavorisées ?

Une solution d’accueil de nuit pour toute l’année. Il y a assez de lits au Luxembourg pour héberger toutes les personnes sans domicile fixe, mais les différents lieux d’accueil ne sont ouverts que de l’hiver au printemps. Le problème n’est pas spécifique au Luxembourg et je sais que la mise en place d’une telle structure verrait arriver une partie de la misère des pays voisins, car les personnes défavorisées vont là où des solutions sont offertes. Le problème n’est donc pas facile à résoudre. 

La Stëmm vun der Strooss en 2015 c’était : 

  • 73.246 repas servis (45.722 à Hollerich et 27.524 à Esch/Alzette) ;
  • 148 tonnes de denrées alimentaires redistribuées gratuitement ;
  • 270 personnes encadrées sur 5 sites, dans les ateliers de réinsertion professionnelle (cuisine, Caddy, Schweesdreps, journal et Schoenfels) ;
  • 29 personnes relogées dans le cadre de l’activité Immo Stëmm ;
  • 526 consultations gratuites offertes par les médecins bénévoles du Docteur Stëmm ;
  • une équipe de 12 personnes engagées à mi-temps et à temps plein dans le cadre du RMG réalise le bimestriel d’Stëmm vun der Strooss. Publié 5 fois par an et imprimé à 6.000 exemplaires, il est diffusé gratuitement et par abonnement. Vous pouvez souscrire un abonnement en virant 15 EUR sur le compte de l’association (en communication : Abonnement + vos coordonnées).

Faire un don

Grâce à vous, la Stëmm vun der Strooss peut venir en aide à 300 personnes chaque jour. Vous pouvez soutenir l’asbl en faisant un don sur le compte BCEE IBAN LU63 0019 2100 0888 3000 – BIC : BCEELULL.

A savoir :

30 EUR représentent un repas quotidien pendant un mois ; 90 EUR assurent un repas quotidien pendant tout l’hiver.

En ce moment, l’asbl a besoin de sacs de couchage. Vous pouvez les déposer au 7, rue de la Fonderie à L-1531 Luxembourg (Hollerich). Les bureaux sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30.

 

Propos recueillis par
Isabelle Couset
Photos-Focalize/Emmanuel Claude